Lincoln MKT 2010
Si
vous m'aviez demandé il y a cinq ans de parier un petit
Buck sur l'avenir de la division Lincoln de Ford, j'aurais probablement
décliné votre invitation tant la situation était
inquiétante pour cette marque nommée en l'honneur
d'un ancien président des États-Unis. En effet, cette
division ne proposait que des mastodontes ou des véhicules
désuets sans pour autant nous donner des indices d'un avenir
encourageant. Pourtant, aujourd'hui, les modèles intéressants
se succèdent mois après mois ou presque. Le dernier
arrivé est le MKT, un multisegment aux formes pour le moins
originales capable de transporter sept occupants dans un luxe quand
même assez poussé, et ce, à un prix nettement
inférieur à ce que la concurrence germanique et nipponne
peut proposer.
Reste à savoir
ce qui se cache sous ce plumage original. S'agit-il d'un simple
exercice de style ou d'un véhicule capable de répondre
aux aspirations des acheteurs?
La silhouette! Quelle silhouette?
Depuis quelque temps, les
stylistes de Ford sont en feu. En effet, plusieurs nouveaux modèles font l'unanimité par rapport à leur
silhouette. Par contre, ils nous proposent également des
réalisations vraiment hors normes qui dérangent fortement
les traditionalistes. Il suffit de mentionner le Ford Edge ou encore
la fourgonnette Transit Connect à titre d'exemple. À ce
jour, la division Lincoln avait plus ou moins échappé à ces
excentricités visuelles. Mais c'est arrivé. En effet,
la MKT fait tourner les têtes et ce n'est pas toujours pour
les bonnes raisons. Certaines personnes sont emballées par
l'apparence de cette grosse américaine et ce sont les mêmes
qui s'étaient émerveillées à la vue
du Ford Edge. Il faut avouer que la version Lincoln de ce modèle,
le MKT, qui utilise la même plate-forme que son équivalent
chez Ford, est plus sage et conservatrice, mais il faut quand même
admettre que son apparence en a laissé plusieurs pantois.
Compte tenu de la couleur de notre véhicule d'essai, nombreux
ont été ceux qui l'ont immédiatement associé à un
véhicule des pompes funèbres. Mais optez pour une
couleur un peu plus vivante et vous aurez droit à une grosse
familiale qui serait le résultat d'un croisement entre un
VUS et une fourgonnette.
Mais
un peu comme le Ford Edge, l'apparence extérieure de ce
Lincoln devient de plus en plus attrayante au fil des jours, croyez-le
ou non! Il faut lever notre chapeau, comme le disait le regretté Jacques
Beauchamp, devant l'audace
des stylistes qui n'ont pas eu peur d'opter pour une calandre
genre sourire de requin afin de donner
un peu plus de hauteur à la présentation avant. Comme
il s'agit d'un véhicule relativement long (à titre
comparatif, ce Lincoln est plus long qu'une Mercedes-Benz de Classe
R), les designers ont opté pour une ceinture de caisse qui
s'élève après le pilier C. Ceci afin de rompre
l'horizontalité de la silhouette. Finalement, le hayon arrière
est traversé de part en part par une bande rouge.
Somme
toute, cette Lincoln dérange par son apparence. Et comme
elle est passablement grosse, certaines personnes peuvent être
doublement dérangées. L'habitacle est nettement
moins controversé et la plupart des gens qui ont inspecté l'intérieur
de la voiture ont tous déclaré que c'était élégant.
Les stylistes ont réussi à agencer les appliques
en aluminium brossé avec le plastique
de couleur foncée
du tableau de bord et des portières latérales.
De plus, ils ont résisté à la tentation
de multiplier les boutons de commande à gogo comme c'est
présentement le cas chez Acura et Honda, par exemple.
La console centrale verticale est relativement dépouillée
et surplombée par un écran tactile à affichage
par cristaux liquides de bonnes dimensions qui permet également
d'éliminer bien des boutons. On retrouve sous cet écran
les buses de ventilation, les commandes audio traditionnelles
et, finalement, les boutons réservés à la
climatisation. Le pilote est assis devant un volant relativement
massif possédant de chaque côté de son moyeu
différentes commandes incluant celles de la radio et du
régulateur de croisière, celui-ci étant à réglage
de distance automatique. On trouve également au-dessus
des deux branches horizontales des boutons de commande pour passer
les vitesses de façon manuelle.
Les
cadrans indicateurs sont relativement faciles à consulter
le jour avec des chiffres blancs sur fond noir. Mais c'est nettement
plus spectaculaire la nuit puisque cet éclairage électroluminescent
est non seulement facile à consulter, mais ajoute à l'ambiance
générale de l'habitacle. Toujours au chapitre du
confort, les sièges avant sont à la fois chauffés
et ventilés en plus d'offrir un bon support pour les cuisses.
C'est un peu la même chose pour les occupants de la seconde
rangée qui, selon la configuration à l'achat, est
constituée soit de deux sièges baquet ou d'une
banquette régulière. Enfin, comme sur le Ford Edge,
il existe une troisième rangée de sièges
pouvant accueillir dans un assez bon confort deux adultes de
petite taille. Par contre, lorsque ces deux sièges arrière
sont déployés, l'espace pour les bagages est réduit à son
strict minimum. Soulignons, au passage, la qualité des
matériaux employés et de la finition.
Mécanique à jour En
général, les constructeurs américains
ne se débrouillaient quand même pas trop mal au
chapitre de l'esthétique et de la conception de l'habitacle,
et étaient généralement en retrait en fait
de qualité d'assemblage et de fiabilité. Mais là où le
bât blessait davantage, c'était au chapitre de la
mécanique et du groupe propulseur en particulier. Comme
il est très onéreux de développer aussi
bien un nouveau moteur qu'une nouvelle transmission, les responsables
des budgets incitaient les ingénieurs à bricoler
un vieux moteur afin de le remettre au goût du jour. On
se retrouvait donc avec des moteurs poussifs, consommant beaucoup
et associés à une vétuste boîte de
vitesses automatique à quatre rapports. Les mêmes
raccourcis étaient également utilisés au
chapitre de la suspension.
Mais,
comme je me tue à le répéter, c'était
hier. Cela a pris plusieurs années aux constructeurs américains
pour changer leur façon de faire, mais lorsqu'ils se sont
mis au travail cela a été fort productif. Au chapitre
des transmissions automatiques, par exemple, la majorité des
modèles des constructeurs américains ont des boîtes à six
rapports alors que plusieurs japonaises en sont encore aux transmissions
automatiques à cinq rapports. Notre Lincoln est donc équipée
d'une transmission automatique à six rapports et elle propose également
la transmission intégrale. Transmission intégrale
qui est également efficace et très moderne. L'acheteur éventuel
d'une Lincoln MKT peut choisir entre deux moteurs. Le premier est
un V6 de 3,7 litres d'une puissance de 268 chevaux tandis qu'il
est possible de commander, en option, le désormais célèbre
moteur EcoBoost de 355 chevaux. Ce moteur V6 doit sa puissance
pour le moins spectaculaire à la présence de deux
turbocompresseurs qui permettent d'obtenir la puissance d'un moteur
V8 et l'économie de carburant d'un moteur V6.
Toujours
sur le plan de la mécanique, il faut souligner l'utilisation
d'une suspension indépendante à liens multiples à l'arrière
et d'une suspension avant dotée de jambes de force comme
c'est dorénavant la solution adoptée par tous les
constructeurs. De surprise en surprise
Bien que le communiqué de presse émis par la compagnie
Ford était dithyrambique quant aux performances routières
de cette Lincoln, j'avais encore en mémoire les multiples
déceptions encourues par le passé à la conduite
des supposées merveilles qui se traduisaient malheureusement
par des voitures mal équilibrées, peu agréables à conduire
et à la finition bâclée. Mais dès
qu'on prend place derrière le volant, on a l'impression
d'être dans une voiture de grande classe. La présentation
est à l'américaine, mais cela ne signifie pas que
c'est moins bien que chez les Japonais ou les Allemands. La position
de conduite pour mon gabarit est bonne et les rétroviseurs
extérieurs de grande dimension facilitent la visibilité vers
l'arrière compte tenu que la visibilité 3/4 arrière
n'est pas le point fort de la MKT. Il faut souligner au passage
que l'équipement est on ne peut plus complet, et les personnes
intéressées par leur confort seront ravies d'apprendre
que les sièges avant chauffants et ventilés sont
de série.
Mais
c'est sur la route que cette voiture nous impressionne le plus.
Si vous choisissez le moteur de base, un V6 de 3,7 litres produisant
268 chevaux, les performances vont se révéler adéquates,
que la voiture soit chargée ou non. Mais si vous voulez épater
vos passagers, c'est avec le moteur EcoBoost et ses 355 chevaux.
Toutes les personnes qui ont pris place à bord de la MKT
ont été fortement impressionnées par les accélérations
et les reprises de ce moteur dont Ford vante les vertus écologiques.
Il ne faut tout de même pas charrier, il est vrai que ce
moteur consomme assez peu compte tenu de sa puissance, mais il
y a plus écologique que cela, notamment le moteur hybride
de la Ford fusion.
En
plus d'une motorisation bien adaptée, on se rend compte
de l'extrême rigidité de cette plate-forme qui permet
d'obtenir un comportement routier fort relevé pour un
véhicule de cette catégorie. En fait, la tenue
de route de ce multisegment est l'égale de bien des berlines
aux prétentions sportives.
Cette
Lincoln permet de joindre l'utile à l'agréable. Et soulignons au passage
que le prix de vente est étonnamment bas compte tenu de
la qualité du véhicule. Je sais, un prix d'environ
50 000$ ce n'est pas donné, mais en comparant les modèles
concurrents que sont, par exemple, une Audi Q7, une BMW X5 ou
encore une Mercedes- Benz de Classe R, c'est pratiquement une
aubaine. Somme
toute, bien que sa silhouette ne fasse pas l'unanimité,
la nouvelle Lincoln MKT est un véhicule impressionnant
aussi bien en raison de sa qualité de fabrication que
par ses performances et son comportement routier. Avis aux personnes
fortunées qui ont beaucoup de matériel à transporter
et qui apprécient les voitures offrant un comportement
routier supérieur à la moyenne et tout le luxe
nécessaire.



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